La suite des aventures de notre éditrice dans le mythique Transsibérien. Si vous avez raté la première partie, c'est par ici !

27 heures de train, ça peut paraître long. Mais quand il s'agit du premier trajet en Transsibérien, que tout est nouveau et qu'on sait qu'on a encore six jours de train qui nous attendent, au final c'est peu. A l'arrivée dans le wagon, la première chose qui nous vient en tête, c'est comment on va faire pour passer 27 heures confinés là-dedans. Car l'accueil, et c'est peu dire, est glorieux.

Clémentine Latron

Premier contact avec la troisième classe du Transsibérien ©C. Latron

Une fois la porte du wagon franchie, c'est un long et étroit couloir qui nous attend, bordé à droite de quatre couchettes séparées par une petite table et à gauche de deux couchettes superposées parallèles au couloir. Des pieds dépassent à droite, des enfants jouent au milieu, et on est assaillis d'odeurs de toutes sortes. Heureusement, nous sommes quatre et disposons de l'un de ces ensembles de quatre couchettes, ce qui nous fait presque une sorte de compartiment personnel.

Clémentine Latron

Vue depuis la couchette du haut ©C. Latron

27 heures à bord du Transsibérien

Une fois nos draps et serviettes apportés par la provodnitza, nous nous installons pour le trajet. Un jour, une nuit. La journée, les couchettes du haut sont relevées et celles du bas se transforment en banquettes. Le temps s'écoule doucement entre repas, siestes et jeux de cartes : le Transsibérien semble avoir son propre rythme. Comme il fait une chaleur étouffante, les trois quarts du wagon font la sieste. Parfois un arrêt de 15 minutes nous permet d'aller nous dégourdir les jambes sur le quai d'une petite gare paumée mais toujours flanquée de sa statue de Lénine. Comme on change de fuseau horaire entre chaque grosse étape (une heure, deux parfois), on n'a plus trop d'horaires. On mange quand on a faim, en essayant vaguement de se calquer sur l'étape précédente, ou sur la suivante. Et malgré tout, on ne s'ennuie pas.

Clémentine Latron

Arrêt du Transsibérien au coucher du soleil ©C. Latron

Les paysages qui défilent par la fenêtre sont dignes des romans russes, et jamais monotones pour qui débarque pour la première fois en Sibérie. Ils changeront imperceptiblement au cours des 8 000 km que nous parcourrons, mais pour cette première partie du voyage, ce sont surtout des forêts de bouleaux argentés aux troncs longs et minces que l'on aperçoit, ponctués ici et là d'une petite isba et de villages en bois perdus dans la verdure...

Clémentine Latron

Vue depuis le Transsibérien ©C. Latron

Et puis on joue aux cartes, on papote, on lit, on dessine, on écrit...

Clémentine Latron

A bord du Transsibérien ©C. Latron

Sans compter que le spectacle est également au coeur du wagon. Autour de nous, c'est toute la Russie qui se déploie. Ici, une babouchka avec sa petite-fille qui s'ennuie. Là une tripotée de jeunes militaires en tenue qui rentrent en permission dans leur village. De temps en temps un Russe bedonnant et torse nu, qui va se réapprovisionner en eau au samovar. Pour ce premier trajet nous avons même eu droit à un jeune décoré d'un splendide coquart à l'oeil gauche, la jambe et les draps en sang, qui ne cessa de nous fixer pendant tout le trajet.

Clémentine Latron

A bord du Transsibérien ©C Latron

Clémentine Latron

Sur le quai à Novossibirsk ©C. Latron

Et puis on mange. Au wagon restaurant, parfois - où nous allons boire une bière le premier soir, une Baltika sibérienne (faut pas rigoler) - mais la plupart du temps sur notre petite table. Au menu : soupes déshydratées (le wagon dispose d'une espèce de samovar où l'on peut prendre de l'eau chaude), gâteaux secs, compotes, banane, thé et café la plupart du temps.

Ekaterinbourg

Au bout de ces 27 heures de train nous attend notre première étape : Ekaterinbourg, grande ville sibérienne tristement connue pour avoir abrité le massacre de la famille Romanov. Nous sommes officiellement à la frontière de l'Europe et de l'Asie. Les amateurs d'Histoire risquent cependant d'être déçus car les Romanov sont enterrés à Saint-Pétersbourg et la seule chose qui reste de cette tragique histoire est l'église orthodoxe bâtie à l'emplacement du crime.

Clémentine Latron

Ekaterinbourg ©C. Latron

Clémentine Latron

Ekaterinbourg ©C. Latron

A Ekaterinbourg, des avenues gigantesques voisinent avec de vieilles églises orthodoxes, des tramways bringuebalant acheminent cahin-caha les habitants d'un bout à l'autre de la ville et les familles jouent des biscottos en barque sur le lac d'Isset qui donne à la ville, au soleil couchant, des airs de Manhattan.

Clémentine Latron

Ekaterinbourg ©C. Latron

Clémentine Latron

Ekaterinbourg ©C. Latron

Un petit tour tout en haut du gratte-ciel Vysotsky nous permet d'avoir un aperçu du panorama, avant d'aller jeter un oeil à l'église de Tous-les-Saints, bâtie à l'endroit où Nicolas II fut exécuté avec sa femme et ses enfants. Après un tour en barque, nous prenons un Uber (1 euro la course, on ne se ruinera pas en transports pendant ce voyage) qui nous emmène jusqu'au très moderne Boris Yeltsin Presidential Center, superbe musée dédié au premier président russe élu au suffrage universel et natif de la ville.

Clémentine Latron

En haut du gratte-ciel Vysotsky - Ekaterinbourg ©C. Latron

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Boris Yeltsin Presidential Center, Ekaterinbourg ©C. Latron

En 5 minutes de trajet, la conductrice essaye de nous donner le plus de conseils possibles quant aux choses à voir à Ekaterinbourg, et son torrent verbal n'a d'égal que sa gentillesse et sa bonne volonté. Après deux nuits passées sur place, il est déjà pour nous temps de regrimper à bord du Transsibérien pour une autre nuit et une autre journée. Prochaine étape : Novossibirsk.

Clémentine Latron

Eglise de Tous-les-Saints, Ekaterinbourg ©C. Latron

Novossibirsk, capitale de la Sibérie

23 heures de train plus tard (et un arrêt inoubliable dans la gare d'Omsk, que nous visitons en pyjama à 3 heures du matin) nous voici à Novossibirsk. Il fait 27°C et c'est un tout autre type de paysage qui nous attend. La capitale de la Sibérie est lourde, massive, grise et soviétique. Des avenues gigantesques et vrombissantes relient les différents quartiers de la ville, bordées d'immeubles gris et sans charme. De temps à autre un bâtiment plus moderne surgit, parfois un gigantesque monument à la gloire de Lénine, mais on est loin du charme d'Ekaterinbourg. Le seul point commun avec cette dernière : les vieux tramways colorés qui circulent incessamment.

Clémentine Latron

Novossibirsk ©C. Latron

Clémentine Latron

Novossibirsk ©C. Latron

A Novossibirsk, les sapins courent les rues. Normal, on est en Sibérie après tout. Les vendeurs de Kvas aussi : cette boisson à base de mie de pain fermentée, pétillante et légèrement alcoolisée, rencontre un franc succès auprès des Russes de tous âges, et on trouve un peu partout de petites citernes colorées montées sur roues où l'on vous sert un verre contre quelques roubles. Un autre point commun avec Ekaterinbourg, c'est le nombre impressionnant de militaires rencontrés dans les rues et sur les quais de la gare...

Clémentine Latron

Novossibirsk ©C. Latron

L'épisode qui restera surtout gravé dans nos mémoires à Novossibirsk, c'est la douche prise à la gare à notre arrivée. Car après des heures de voyage en troisième classe, dotée d'un seul cabinet de toilettes avec un minuscule lavabo, nous ne rêvons que d'une chose : une douche. Nous ne restons sur place qu'une journée, donc pas d'auberge de jeunesse de prévue, mais contre quelques roubles, nous pouvons accéder (sur liste d'attente !) aux douches de la gare de Novossibirsk... Se doucher dans une gare : check. Et après une journée à Novossibirsk, nous retrouvons notre bon vieux Transsibérien. Prochaine étape : Krasnoïarsk, dans le sud de la Sibérie occidentale, à 12 heures de train de là.

Clémentine Latron

Novossibirsk ©C. Latron

(A suivre : par ici l'épisode suivant !)

Article écrit par Clémentine Latron